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Une association pour ceux qui souhaitent des réponses intergénérationnelles à des problématiques sociales diverses : gestion de projet, méthodologie, conférences, animations, conseil.

« Pour que les agriculteurs puissent vendre leur production, il fallait faire des routes… »
– Paul, témoin pour ‘La paix ça commence tout de suite !’

ndlr : Atoutage a proposé aux témoins et passeurs de mémoire de ‘La paix ça commence tout de suite’ autour de la colonisation du Congo par la Belgique de commenter une image. Une manière de partager avec nous une partie de leur histoire, une manière aussi de concrétiser une partie de notre Histoire commune. Toujours au départ d’un point de vue qu’il faut comprendre comme un point de vue orienté et parcellaire, puisqu’il est singulier.

Ma femme et moi sommes embarqués à Anvers en 1954 à destination du Congo belge. Formé à l’Ecole Coloniale (on n’avait pas peur des mots à l’époque !), j’avais fait choix d’une carrière dans l’Administration Territoriale. La ‘Territoriale’ était responsable de la gouvernance et de l’administration de cet immense territoire que constituait le Congo belge.

Tout jeune territorial devait obligatoirement s’équiper en Belgique, avant son départ et à ses frais, du nécessaire lui permettant de survivre dans la brousse la plus reculée. Cela allait de diverses malles métalliques (dont une malle-bain !) susceptibles de résister à de rudes séjours dans des gîtes d’étape, d’appareils d’éclairages au pétrole, de divers ustensiles de camping, d’un trousseau de vêtements réglementaires de grosse toile kaki et du casque assorti et des insignes de la fonction et, surtout, d’un uniforme et d’un casque de gala entièrement blancs pour les cérémonies et les réceptions officielles.

Occasion unique

La seule fois où j’ai revêtu cet uniforme c’est à l’occasion du voyage du roi Baudouin en 1955 dans la Colonie et en l’occurrence dans le Territoire de Kaniama dans l’ouest-Katanga. Il y passait en coup de vent accompagné du Gouverneur Général Pétillon pour visiter des réalisations visant la promotion de l’élevage et de la culture du tabac. Il ne fallait pas qu’il y ait le moindre accroc lors de cette journée. Ma mission était de faire la police de la route : le cortège royal  devait, en se rendant à une ferme modèle, franchir un carrefour sans se tromper de direction. Me voilà donc en grand uniforme blanc faisant l’agent de circulation.

Le cortège passe à toute vitesse…

Cela se passait en saison sèche ;  les routes étaient des pistes carrossables revêtues de latérite, minerai ferreux d’un rouge vif très commun dans les savanes congolaises. Les voitures ont pris la bonne direction dans un épais nuage de poussière rouge… Je n’ai pas vu le Roi ! Je me suis retrouvé rouge de la tête aux pieds, mission accomplie.

C’est la seule occasion où j’ai endossé cet uniforme.

Territoriale

Pour essayer de faire comprendre ce que fut mon métier au Congo, il est nécessaire d’expliquer en quelques mots les fonctions que doit pouvoir exercer un agent territorial.

En termes de gouvernance, il y avait deux catégories de population :

  • les milieux extra-coutumiers, c’est-à-dire les populations résidant dans les grandes agglomérations où seules les lois du Congo belge sont d’application ; Léo, E’ville, StaneBukavu, etc. Exemple : la polygamie y est interdite alors qu’elle est tolérée partout ailleurs.
  • les milieux coutumiers où les mêmes lois sont de rigueur mais également où les règles tribales restent d’application dans les tribunaux indigènes tant qu’elles ne s’opposent pas aux lois générales de la Colonie. La quasi-totalité du territoire du Congo relevait de cette catégorie dite ‘la Brousse’ et je n’ai quant à moi connu que celle-ci.

Le Congo est divisé en provinces, en districts et ces derniers en territoires. Pour le Katanga : 3 districts et pour chacun  5 ou 6 territoires de 20 à 30.000km carrés. J’appartenais au district du Lomani (capitale : Kamina) et ai été affecté successivement aux territoires de Bukama, Kapanga, et Kaniama.

Dans les territoires où ils sont affectés, les territoriaux doivent assurer, sous les ordres d’un Administrateur de territoire, de nombreuses fonctions dont l’ordre public, le commandement de la police et de la Force Publique, la justice (tribunaux de police), la prison, la mobilité (routes et ponts…), le recensement et l’état civil, la bonne application des politiques agricoles, sanitaires et d’enseignement, la bonne exécution des projets d’investissement prévus au budget annuel, etc., et d’autre part, la perception des taxes et redevances, des amendes et des recettes des ventes sur saisie….

Pour ce faire, chaque territoire dispose de 3 à 6 territoriaux.

Ma vie coloniale

Dans les premiers termes, les bleus sont astreints, pour apprendre le métier, à faire de l’itinérance : on devait ‘occuper le terrain’. Cela signifiait travailler pendant 20 jours chaque mois en dehors de son habitation en circulant de gîte en gîte, c’est une rude école…

Ma première affectation au territoire de Bukama fut ‘Le Fleuve’ c’est-à-dire le cours supérieur du Zaïre appelé le Lualaba. C’est à partir de Bukama que le fleuve est navigable jusque Kabalo. Point de rupture de charge, le poste fut fondé  vers 1890 mais se développa rapidement dès que le chemin de fer B.C.K. y traversa le fleuve sur un majestueux pont métallique.

Nous avions, ma femme et moi, notre habitation à Bukama, chef-lieu du territoire, mais mon itinérance devait s’effectuer essentiellement sur le fleuve et pour ce faire, je disposais d’un bateau tout neuf , le ‘sekwe’, l’hirondelle, paraît-t-il…

Cette merveille de 15 mètres de long, dotée d’un moteur marin de 300cv, construit entièrement en tôles, avait été acheté à Ostende par des fonctionnaires belges du Ministère des Colonies parfaitement incompétents : pendant la journée il y faisait 60° ! Conclusion : on vivait dans une tente montée sur la berge. Pendant ces voyages, c’était cela notre habitation : une cuisine faite d’une tôle et de 3 pierres et mon bureau, une table et une chaise sous un arbre.

Quand je suis arrivé, cette partie du Lualaba de 150km de long dont je devenais tout jeune responsable n’avait plus été visitée par l’administration depuis 1938. Nous étions en 1954. Ma femme voyageait avec moi d’ailleurs à l’époque. Une seconde fois, elle m’accompagnait avec un bébé, cela a été l’émeute dans le village qui n’avait jamais vu un bébé blanc.

Mon travail sur le fleuve était de ceux décrits plus haut, sauf qu’il n’y avait évidemment plus de routes à entretenir mais bien un fleuve dont il fallait garantir la navigabilité. L’équipage du Sekwe comptait 4 hommes : moi-même, commandant de bord, un chef mécanicien et deux marins spécialistes du balisage. La navigation des grands bateaux était périlleuse surtout en période de crues qui déplaçait les bancs d’alluvions. C’est là que mes deux spécialistes m’ont appris le métier : sonder pour maintenir des chenaux navigables, les identifier par des bouées et des balises sur les berges pour permettre aux bateaux de la compagnie qui exploitait la ligne, la C.F.L. de naviguer en sécurité. C’étaient de grands bateaux plats avec des roues à aube comme on en voit sur le Mississipi. J’ignore si ce bief est toujours navigable car la mise en service du chemin de fer Kamina-Kabalo lui a fait perdre beaucoup de son importance.

Sommeil

C’est la vie sur le fleuve qui m’a fait comprendre l’importance de la lutte contre la maladie du sommeil qui y régnait toujours de façon endémique. Les mesures à prendre étaient assez rigoureuses. La tsé-tsé est un taon qui vit à l’ombre des arbres. Sur les rives, les villageois plantent, pour avoir de l’ombre, des palmiers et des manguiers. Il fallait les convaincre de supprimer toute végétation dans un périmètre de 300 mètres autour du village car le taon ne franchit pas cette distance en plein soleil.

J’ai vu encore à cette époque beaucoup de vieillards rongés par la maladie du sommeil.

Chez les plus jeunes beaucoup moins parce qu’il y avait des traitements. Donc, un de mes rôles était de les inciter à être là  lorsque l’agent sanitaire procédait à une campagne de soins : une piqûre dans la nuque était nécessaire tous les ans. Ils n’étaient pas forcés d’y venir mais ils en comprenaient l’importance. Sauf si un sorcier du village leur disait que ce n’était pas nécessairement ce qu’il fallait faire.

Plus tard, dans le territoire de Kapanga, on était confronté à la lèpre.

Eradiquer la lèpre impliquait des mesures très rigoureuses et obligatoires mais au moment de l’indépendance les autorités sanitaires avançaient que la lèpre était sous contrôle au Congo belge. Mais depuis…

Vous avez compris que notre tâche première consistait à mon avis à assurer le bien-être et le progrès, sous tous les plans, des populations locales tout en respectant leurs traditions.

Leur assurer des revenus et les garantir étaient une des premières nécessités. Il fallait à tout prix arrêter l’attrait vers les centres urbains générateur de paupérisation. La politique coloniale incitait tous les agriculteurs – parce que l’avenir de ce pays c’est l’agriculture – à améliorer les pratiques agricoles de façon à leur garantir des revenus qui dépasseraient leurs propres besoins de subsistance pour aboutir à une situation de progrès et de bien-être. Pour ce faire, un des objectifs principaux de l’administration était de faciliter les échanges commerciaux jusque dans les coins les plus reculés en garantissant l’évacuation des productions agricoles vers les industries et les centres de consommation.

Cet objectif implique la disponibilité à tout moment de l’infrastructure indispensable à ces mouvements commerciaux : essentiellement des voies routières en état de supporter le trafic et des ponts en bon état même après les crues annuelles. Les territoriaux étaient à la tâche.

J’ai fait des routes, fait construire ou fait reconstruire des ponts, construit des gîtes ou des maisons de passage en dur ; pour ce dernier point, il fallait explorer le pays pour trouver de la bonne argile pour préparer le four à briques, du bon sable, du gravier, faire scier les poutres par des scieurs de long… Les seuls matériaux qui nous étaient fournis étaient le ciment et les éternit pour le toit !

J’aimais cette existence. Ce sont les moments de ma vie où je me suis vraiment senti utile à quelque chose.

 

1 commentaires sur cet articleCommentez
  1. Je me demande qui est l’auteur de ce témoignage… Mon père a été en Afrique au même moment, peut-être l’a-t’il connu… ? Je voudrais pouvoir le questionner voire le rencontrer…

    Bien à vous.

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