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Une association pour ceux qui souhaitent des réponses intergénérationnelles à des problématiques sociales diverses : gestion de projet, méthodologie, conférences, animations, conseil.

Portrait d’Ulrike Paffen-Hilbring, polyglotte et investie dans l’intergénérationnel au Portugal

Quand elle revient chargée du soleil portugais, Ulrike ramène des ‘pastéis de nata’ et des oranges. Elle donne de ses nouvelles en anglais. Si on lui répond en néerlandais, c’est parce qu’elle est la plus polyglotte des bénévoles entourant l’association Atoutage. Pourtant, lors de tables de conversation hebdomadaires, en plus de former l’équipe, elle ne manque pas de parler de son livre préféré, ‘l’histoire de quelqu’un qui sait écouter les autres’…

Santa Luzia est un village de pêcheurs au Portugal. Ulrike y cherchait, pour un centre de jour rassemblant des personnes âgées et des enfants sous un même toit, une autre association européenne. L’objectif ? Faire un échange avec des bénévoles portugais lors de l’année du Volontariat 2011, dans le cadre du programme européen Grundtvig. Ulrike a d’abord cherché à Berlin, où réside sa fille, mais ‘pour les portugais, une langue romane est plus accessible’. Après quelques pérégrinations, en décembre 2011, Ulrike invitera João Paolo, directeur de l’association Ancora, à visiter Atoutage…

Enfant, à qui ressembliez-vous ?

Le caractère, c’était plutôt mon père. Il avait un tempérament individualiste : ne jamais suivre le troupeau. Quand j’ai eu 11 ans, il m’a obligée à commencer l’école secondaire en étudiant le latin comme première langue étrangère. Ensuite c’était l’anglais, suivi du français. J’étudiais dans une école religieuse, alors j’étais en opposition… Mais d’un autre côté, c’est mon père qui m’a offert des ouvertures. J’avais 7 ans et on partait au Brésil : rien que pour y arriver, ça a été 3 semaines de voyage en bateau. Il était géographe à l’université de Bonn. C’est pour cela qu’éduquer, c’est trouver un juste milieu. Un de nos fils était devenu chef de patrouille à Bonlez et notre fils cadet était dans son unité. Le jour où il a été question de partir en week-end dans les Ardennes, le cadet n’avait pas du tout envie d’aller au camp. Mais quand il est revenu, il a dit ‘merci de m’avoir forcé’ !

Aujourd’hui, qu’est-ce qui nous étonnerait le plus, dans l’environnement d’alors ?

J’ai grandi dans l’idée de passer des frontières, pas seulement géographiques.

C’était une famille catholique pratiquante. Avec un esprit libre et critique, en même temps. En fait, j’ai l’impression qu’on vivait d’une manière progressiste, une manière qui s’est répandue aujourd’hui…

Quand avez-vous grandi ?

Notre troisième fils fait de l’hyppothérapie près d’ici, au lac de Louvain-la-Neuve. Il dit toujours que sur mes photos d’enfant, je parais déjà adulte. Ce qui m’a certainement changée, c’est de me retrouver à 7 ans dans la banlieue de São Paulo. Dans une petite école primaire, sans parler la langue. Après quelques mois, je parlais le portugais du Brésil. On est restés un an et demi. Ensuite, il y a eu les longs voyages de recherche de mon père. Mes parents se sont mariés en 1941. Je suis née en 1944.

Mon père est né en 1914 et il est revenu vivant de la guerre. Mais il repartait souvent pour son travail. 6 mois dans l’Himalaya, par exemple. Pas de téléphone. Les lettres pouvaient prendre des semaines pour arriver. Ma mère était anxieuse. C’était une femme de la guerre, mais c’était aussi son caractère. Il faut dire qu’en Himalaya, un des alpinistes est décédé d’un accident… J’ai une vidéo de cette expédition, la copie d’un film projeté dans les cinémas de Bonn. Le noir et blanc est retouché par des couleurs, comme on le faisait à l’époque : ça s’appelle ‘Im Schatten des Karakorum’

Ce qui m’a obligée à grandir, aussi, c’est l’Histoire du nazisme et ses cruautés affreuses, qui me pèsent toujours. A un moment, j’ai pensé changer de nationalité. Devenir belge parce que je vis en Belgique et qu’on se sent très bien, ici. Et puis l’armée allemande voulait obliger mon fils à faire un service militaire en Allemagne, alors qu’il est né et a toujours vécu en Belgique. Ensuite je me suis bien rendue compte que ça ne sert à rien : ce qu’on est ne change pas avec un papier. Encore récemment, notre belle-fille belge nous a avoué n’avoir pas osé dire à sa grand-mère que notre fils était allemand. C’est pour ça que construire des ponts, passer des limites, des frontières, pour moi c’est essentiel. C’est aussi votre projet ‘La paix ça commence tout de suite’, non ?

Alors pendant la seconde guerre mondiale, la seule manière de résister pour mon père, obligé d’être soldat, c’était de refuser de monter en grade. Mon beau-père, au contraire, pensait que pour s’opposer et exercer une influence positive, il fallait accéder à un niveau de décision.

Aujourd’hui, les jeunes ont parfois le jugement facile. Ils peuvent lire un journal écrit par leur grand-père entre 1934 et 1938, un journal où leur grand-père exprime clairement la possibilité de fuir l’Allemagne parce qu’il sent que les choses tournent mal : il y avait par exemple les rassemblements forcés par le mouvement hitlérien, même le dimanche, jour de la messe, pour un jeune catholique et pratiquant… Donc les enfants lisent ce journal et la question qui leur vient, c’est ‘Pourquoi ne pas être parti ?’. Mais laisser derrière soi les parents, les soeurs, les frères, les amis, ce n’est pas une décision si simple !

Ces mêmes questions se retrouvent sans doute dans des milieux et des cultures différents. Par exemple pour les enfants de parents juifs déportés dans les camps… D’ailleurs, même aujourd’hui, quitter sa famille et son pays reste une question difficile à vivre. Aussi pour les enfants des émigrés, qui peuvent se sentir étrangers dans le pays d’origine de leurs parents, mais aussi dans leur pays de naissance.

« Jeunesse », en quelques mots ?

Curieux, ouvert, être prêt à apprendre, écouter, prendre le temps, mais pour vivre, pas pour rester devant l’ordinateur !

Parmi les objets qu’on vous a transmis, lequel vous importe le plus ? Et quel objet aimeriez-vous transmettre ?

(Ulrike sort un dessin de son sac.) Mon père a copié une gravure et Daniel, mon fils, a poursuivi ce dessin : il a ajouté un enfant au visage adulte devant le lance-pierre tenu par le vieil homme. (Ulrike sort un second cadre.) Et alors cette photo montre notre petite-fille de 10 ans avec moi, la grand-mère. Elle dort, sinon elle pose toujours comme les jeunes filles posent aujourd’hui. Il y a le soleil, la plage, le Portugal… Ces 2 images vont ensemble. Après, je n’ai pas de meubles à donner, ce genre de choses. On ne tient pas tellement aux objets.

Il y a aussi ce livre que j’avais préparé pour le donner à mon fils Daniel. Il raconte l’expédition de son grand-père dans l’Himalaya. Mais Daniel n’a pas pu attendre : entretemps, il a trouvé un exemplaire du livre sur internet !

Déjà en 1954, ces chercheurs mesuraient les changements dans la localisation et les volumes des glaciers…

(Ulrike indique du doigt son père ; à gauche, apparaît le nom de famille ‘Paffen’)

Même si c’est une chose limitée, que pourriez-vous enseigner ?

Les langues, mais d’une manière peu académique : ‘read and speak’. Je le fais avec Atoutage (chaque semaine, Ulrike donne une table de conversation en anglais et en néerlandais sur le temps de midi, dans les locaux de l’association). Pour les jeunes, c’est essentiel. Nos enfants ont étudié à L’école européenne Bruxelles II, à Woluwé. Du coup, ils parlent tous 3, 4, ou même 5 langues étrangères. Notre plus jeune fils est ethnologue. Il a appris entre autres le thaï. De septembre 2010 à juin 2011, il a travaillé pour l’ONG Ordre de Malte international, en Haïti…

Aujourd’hui, j’essaie d’apprendre le français à Edmar. Il vient de la région de Bel Horizonte, dans le Nordeste brésilien. Il descend de parents indo-africains et sait ce que c’est, grandir dans l’extrême pauvreté. Il a une formation d’assistant social et est arrivé au Portugal il y a quelques années seulement…

On en revient aux difficultés à vivre avec son Histoire que peut avoir chaque pays. Les Portugais aussi. Ils ont du mal, parfois, à accepter que les brésiliens ou leurs ex-colonies ont quelque chose à leur apporter… Anjourd’hui, Edmar est une des ‘ancres’ fortes d’Ancora (ndlr : en portugais, ‘ancora’ signifie ‘ancre’). Edmar est conteur, metteur en scène et coordinateur de volontaires… Quand je vais au Portugal, je l’accompagne dans les écoles. C’est un travail intergénérationnel au quotidien !

Transmettre des langues, c’est un désir que j’ai parce que la communication, la vraie communication humaine, demande d’utiliser des mots… Sinon, comme j’adore danser sur les rythmes sud-américains, surtout brésiliens, je pourrais un peu enseigner le Zumba !

Quelle est la dernière chose que vous ayez apprise ?

Ce n’est pas une petite chose : le centre de jour dans lequel je suis bénévole, au Portugal, réunit des personnes âgées et des enfants de moins de 6 ans. Et là, j’ai appris à être avec des personnes âgées. Ecouter leurs histoires de vie. Au début, ça m’a un peu déprimée : je suis plus proche de leur âge, mais je me sens plus proche de l’âge de mes enfants ! J’écoutais par exemple une dame qui a les mains déformées par de l’arthrose très douloureux. Elle a en plus un cancer de langue, qui demande des opérations pénibles… mais elle continue de s’habiller avec beaucoup de goût ! Je l’appelle ‘la parisienne’ ! Elle est ravie, alors on parle français.

Moi, je n’avais jamais vécu avec des personnes âgées, je n’avais jamais appris à être disponible pour les écouter.

(Ulrike montre la couverture d’un livre de son auteur préféré, ‘Momo’, de Michael Ende.) C’est l’histoire étrange de voleurs de temps et de Momo, un enfant qui rend à ses amis adultes le temps qu’on leur a volé. Son grand talent, c’est de prendre le temps pour écouter les autres…

On vous offre une affiche géante. Quelle phrase écrivez-vous ?

Construisez des ponts.

Quel élément du présent vous paraît archaïque ?

Les gens extrémistes, et même fanatiques. On en trouve dans toutes les religions et convictions. Même dans le végétarisme, l’écologie ! Ce refus de l’évolution, parce que l’évolution demande de l’ouverture.

Pour apprendre il faut être ouvert. J’ai enseigné la religion catholique dans les écoles européennes, à Bruxelles. D’abord les bases de la religion chrétienne catholique, et en même temps l’ouverture vers les autres religions. Tandis que quand j’étais élève chez les religieuses, la religion consistait pour une grande partie à respecter des comportements stricts.

Quel élément du présent vous paraît futuriste ?

Les possibilités de communication sont fantastiques. Notre fils Daniel, dans un pays pauvre comme Haïti, a pu nous montrer la maison dans laquelle il travaillait, grâce à Skype. Voilà la différence : ma mère attendait les lettres de mon père pendant des semaines… Bon, après, la communication entre les gens ne suit pas forcément cette avancée : on peut recevoir des mails, mais il faut encore avoir le temps de les ouvrir. Pour les jeunes, aujourd’hui, cette communication et les nouvelles technologies sont une chose qu’il faut apprendre à gérer.

Qu’est-ce qui vous étonne le plus, dans le changement de votre corps ?

Je suis étonnée, oui, quand je me regarde dans le miroir. Un miroir ne ment pas. C’est le visage d’une femme de 68 ans. Même si je la trouvais belle, je me dis ‘Ouf, je ressemble de plus en plus à ma mère !’. Après, il y a le plaisir… Cette lumière ! A 8 heures du matin, j’étais déjà sur la terrasse ! Et il y a l’oxygène…Tant que je peux prendre mon vélo au Portugal, aller nager, marcher, manger du poisson frais, goûter les fruits, les légumes…

« Vieillesse », en quelques mots ?

Il faut juste relire les mots qui expriment la jeunesse : être curieux, ouvert et continuer à apprendre.

‘Life long learning’, ça c’est le projet de Grundtvig. Un beau projet.

Ou Ancora, cette association qui mêle enfants et seniors dans un village de pêcheurs : ils ont actuellement un projet avec le CPAS (OCMW) de Gent, suite à l’année du Volontariat 2011. 3 volontaires belges vont venir à Santa Luzia en avril. Et 3 personnes de Santa Luzia vont venir à Gent au mois de mai, puis une seconde fois en septembre-octobre. Chacun a un savoir différent, ça peut être juste de la poterie : l’important est de découvrir les activités de volontaires étrangers, tout en transmettant une part de son savoir.

Si vous le pouviez, rajeunisseriez-vous ?

Ralentir le vieillissement, peut-être. Mais pas faire marche arrière pour dire ‘je le ferais autrement’. J’aurais plutôt envie de rester comme aujourd’hui : combien de temps je pourrai faire du vélo, monter les marches ? La dépendance, les personnes dans une chaise roulante, ça c’est dur. Alors ma soeur rigole : ‘Tu iras à Santa Luzia, au centre de jour Ancora… avec les enfants !’. Ah oui, garder le contact avec la jeunesse ! Dans un lieu si lumineux, à côté de la mer… Perdre la vue, perdre l’ouïe, c’est vrai : on ne sait pas ce qui peut arriver…

Pourtant, mon mari me racontait encore cette histoire : un vieil homme avait une bibliothèque énorme et là, d’un coup, il devient aveugle. Heureusement un ami, un ex-collègue, peut venir chez lui. Il lui lit ses livres…

Photographies : Bénédicte Gabriel, 2012
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