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Une association pour ceux qui souhaitent des réponses intergénérationnelles à des problématiques sociales diverses : gestion de projet, méthodologie, conférences, animations, conseil.

Portrait de Valérie Eeckhout : de 2 choses l’une, l’autre le soleil

Tous les 2 mètres, Léa indique des maisons du doigt et cite les prénoms de leurs occupants : Sylvie, Marie, René… En discutant, Léa nous amène au ‘plan vert’, un terrain tout proche. 

‘Ici avant les arbres il y avait des grues, et on a eu la chance d’avoir un plan vert ; en hiver, c’était notre piste de ski.’ Le chemin lui rappelle son enfance : pionnière de la toute jeune ville de Louvain-la-Neuve, sa famille occupe l’une des 8 maisons regroupées autour d’une maison commune.

Il n’y a pas que le congélateur ou le jardin qui ne sont pas privés : c’est la famille qui est ‘géographique’. Il y a toujours quelqu’un pour veiller sur les enfants.

‘Papy boom’ ! 1993, première année en psychologie, Léa tombe sur ce reportage qui parle d’intergénération. Coup de foudre : chaque fois que ses études de psychologie le lui permettent, elle relie ses travaux à la solidarité entre les générations.

Elle croise rapidement Geneviève Everaerts, fondatrice d’Entrâges. Plaisir de la rencontre. Ensuite, après avoir avoir travaillé dans le privé, Léa passe par un centre culturel. Petite désillusion : lenteur de la réalisation des projets, privilège partiel de l’intérêt politique sur l’intérêt du public… Geneviève repasse par là : On va monter un truc sur Ottignies, on te propose un mi-temps mais je te préviens, on part de rien. 3 premières réunions réunissent plein de gens à Louvain-la-Neuve : La Châtaigneraie, le Service de la Jeunesse, la Maison maternelle… une vingtaine de personnes parmi lesquelles Jean-Pierre, Véronique, Geneviève et Bernadette Paternostre, quatuor de tête. Léa se souvient d’avoir débuté avec un téléphone jaune et en guise de local, une pièce au-dessus de la maison de Véronique, l’une des fondatrices de la nouvelle association Atoutage, sous-titrée ‘Générations solidaires’.

Ce que les réunions ont révélé, c’est que chaque service avait ses difficultés avec son public, et qu’un projet intergénérationnel pouvait procurer des solutions croisées. Après la rencontre des partenaires, c’est d’abord un réseau qui est créé et parmi les premiers projets, le constat que l’école Saint Pie X et la résidence Malvina étaient voisins. Pour faire entrer leurs publics en communication, il suffisait d’ouvrir une porte.

Véronique a mis dès le début toute sa confiance dans le projet. Tout est allé très vite et très fort : avec Jean-Pierre on a abattu un travail de dingues, avec la sensation d’être à la fois rameur, le vent dans les voiles, et d’allumer le moteur. Je suis pour la proximité, la contagion, précise Léa en pensant au tricot urbain, projet récent d’Atoutage : typiquement le type de projet auquel j’adhère à 300 %. Un projet qui n’aurait jamais pu exister sans ses deux années de travail à la création d’Atoutage :Aujourd’hui, j’ai du plaisir à voir que tout ce qu’on a planté pousse, et combien l’équipe d’aujourd’hui en prend soin.

J’ai le sentiment d’avoir fait un travail de semeur, de potager. Mais au bout de deux ans, je m’étais un peu épuisée à la tâche. Je ne sais pas me limiter. Mon mari avait perdu son travail, je cumulais avec un autre boulot que j’aimais aussi beaucoup : l’orientation des jeunes. J’avais 32 ans et un bébé de 2 ans. Et je me souviens que quand Geneviève était venue me chercher, j’avais dit ‘Mon cœur y est à 100% mais c’est 10 ans trop tôt’. Cela a été une très belle aventure. Travailler avec Jean-Pierre, beaucoup de bonheur. J’aime bien créer, innover mais après, même si je suis fidèle, la gestion au long cours n’est pas ma fonction la plus naturelle.

Fidèle, en effet : en plus de faire partie du comité d’administration, Léa reste l’une des bénévoles les plus actives d’Atoutage.

Enfant, à qui ressembliez-vous ?

Je suis devenue une enfant heureuse quand on est arrivés à Louvain-la-Neuve. A 8 ans, je suis allée à l’école des Bruyères. J’étais un garçon manqué.

Des cheveux tout courts. Skateboard, vélo – je joue toujours au vélo, d’ailleurs. Les filles c’était trop méchant, trop pinçant. Je détestais les petits cœurs.

J’ai été très heureuse ici, une enfance exceptionnelle. Les fêtes étaient improvisées. Faut imaginer, on était pas très nombreux ici, on était tout le temps fourrés dans les kots des étudiants. Il y avait beaucoup d’étudiants sud-américains, à l’époque. La radio libre avait été créée. Les enfants étaient complètement mêlés à la vie, à la ville.

Aujourd’hui, qu’est-ce qui nous étonnerait le plus, dans l’environnement d’alors ?

Un bête truc : le centre était en haut de la ville, sur la place Galilée. Aujourd’hui, le centre-ville est en bas, et le haut essaie de survivre.

Les critiques sur Louvain-la-Neuve ont souvent été injustes : dire ‘cette ville n’a pas d’âme’, c’était renier les gens qui y vivent. Cette ville est ma sœur. Mais on lui demandait d’avoir toutes les qualités d’une ville millénaire, comme si on demandait à un enfant de 3 mois de marcher. La ville la plus récente de Belgique, c’était Charleroi, vieille de 400 ans !

Or aujourd’hui, 40 ans après, j’ai l’impression que tout le monde admire la qualité de vie à Louvain-la-Neuve…

Quand avez-vous grandi ?

Avant d’arriver à l’école des Bruyères, j’étais tellement malheureuse. Maintenant j’ai compris : je suis née un 28 décembre, j’étais juste pas dans mon année ! Quand un enfant réussit à l’école, on croit que tout va bien… Moi j’ai doublé pour changer d’école et je suis arrivée ici.

Je me suis retrouvée à 9 ans dans mon âge. Et j’ai grandi en descendant d’une année.

« Jeunesse », en quelques mots ?

Curiosité. ‘Imaginativité’, le fait de mettre en œuvre son imagination. Mouvement. Et un peu l’amour inconditionnel, aussi : les enfants trouvent tellement beau un chien que les adultes vont trouver si laid…

Parmi les objets qu’on vous a transmis, lequel vous importe le plus ?

Je ne suis pas du tout objet. Je m’en détache régulièrement. Pas de cave, pas de grenier. J’ai quand même un fauteuil, une liseuse qui appartenait à ma grand-tante, très importante, décédée à 102 ans. La liseuse est placée à un endroit stratégique de la maison : les rayons y tombent dans l’après-midi. Un grand fauteuil, tu peux pratiquement te coucher dedans. Cette grand-tante, c’est un phare. Sans elle, je ne me serais jamais imaginée vivre 104 ans. Aller jusque là. Et se réjouir, même si le corps peut flancher sur la dernière année. Elle était grande musicienne et lisait même la musique contemporaine, qui est une autre lecture.

‘Oh quelle belle fleur’. Ma grand-tante se retournait, revoyait une seconde fois la fleur et redisait ‘Oh quelle belle fleur’… On ne peut pas vivre dans l’instant présent de manière plus intense.

Quelle est la dernière chose que vous avez apprise ?

Récemment, j’ai eu des petits soucis de santé. Je n’ai pas voulu m’arrêter mais ai été obligée de fonctionner au ralenti. Pourtant, j’en faisais pratiquement autant que lorsque je m’agitais. La lenteur est une vertu de la vieillesse, elle entraîne une disponibilité. Voilà le verso de la médaille dont le revers est d’être malade. Je dois aussi dire qu’avant d’avoir des enfants, je ne connaissais pas les noms de tous les dinosaures !

Même si c’est une chose limitée, que pourriez-vous enseigner ?

Compter en serbo-croate : cela représente une partie importante de ma vie que je veux conserver vivante.

Chaque année, pendant 10 ans, je passais du temps à Brač dans une petite crique, avant la guerre. Les vacances. Les mois à temps plein en plein air, à l’époque de Tito. Y avait du sucre quand y avait du sucre, du lait quand y avait du lait. On partait avec à 20, avec une autre famille et des amis, et j’avais le rôle de l’interprète. Quand j’entends quelqu’un dans un bar, par exemple, je reconnais la langue et je m’approche pour prendre un bain de son.

Je n’y suis pas retournée depuis la guerre. C’est vraiment du courage qu’il me faudrait : je n’ai pas supporté d’être loin, impuissante et complètement hébétée. Je m’en suis voulue de ne pas avoir pu écrire une lettre, passer un coup de fil… Et j’ai la peur du paradis perdu. Entretemps, Brač est devenu Saint-Tropez. Faudra que j’y retourne un jour, pourtant…

On vous offre une affiche géante. Quelle phrase écrivez-vous ?

Je ne suis pas très ‘grandes phrases’. Je vais essayer de ne pas me tromper parce qu’il y a une phrase que j’adore :

De deux choses l’une, l’autre le soleil.

C’est Prévert qui l’a écrite. Ce qui me plaît dans cette phrase, c’est le soleil.

Quel élément du présent vous paraît archaïque ?

La voiture. Je l’utilise de temps en temps, mais on aurait pu inventer mieux : moins dangereux, moins polluant, moins bruyant. Elle prend trop de place, a priorité sur tout. On pourrait voler, trouver des choses un peu plus jolies (rire)… Je trouve surtout la voiture très inhumaine : il suffit de voir comment on se transforme quand on rentre là-dedans…

Quel élément du présent vous paraît futuriste ?

Les tablettes numériques. Si on m’avait montré ça quand j’étais gosse !

Parfois je fais semblant que je suis une extraterrestre : ‘c’est bizarre, ce que les gens font avec ce truc, avec leur doigt, et puis ils commencent à parler à leur tablette’…

Qu’est-ce qui vous étonne le plus, dans le changement de votre corps ?

Le mal de dos ne m’étonne que moyennement. Mais me rendre compte que je ralentis m’a vraiment étonnée.

J’ai 45 ans. Il y a un an, je marchais avec mon fils qui a exactement la même longueur de jambe que moi. Mais je ne pouvais pas marcher à sa vitesse. Ce n’était pas naturel : je devais fournir un effort alors que mon rythme me convenait très bien…

Alors voilà, c’est un changement dans le rythme, mais ça me va.

‘Vieillesse’ en quelques mots ?

Je préfère le mot ‘vieillir’ : ‘vieillesse’ est trop figé. Ralentir, prendre le temps. déguster. Arrêter de courir, tout simplement, même en mangeant. Mais c’est aussi des choses moins belles : souffrir ; de plus en plus de gens meurent autour de toi. C’est réapprendre à vivre, avec des changements du corps, une souffrance. A moins d’un gros accroc physique, je ne vois pas de rupture, un moment où tu te retrouves vieux du jour au lendemain. Je n’ai absolument pas peur de la vieillesse, peut-être en raison de la vieillesse de mes grands-parents.

Cela ne me dérange pas que pour respirer ton dernier souffle, il y ait une période plus ou moins longue de profond ralentissement, qui peut aller jusqu’à l’immobilisation.

J’y ai assisté : des proches sont partis après un profond recueillement, dans une vie spirituelle intense.

Si vous le pouviez, rajeunisseriez-vous ?

J’ai des copines… chirurgie esthétique, DHEA… Surtout pour le visage, j’ai du mal : on ne se reconnaît plus. Mais si c’est pour rajeunir et ne plus avoir mal au dos, pour grimper dans la montagne plus longtemps, oui, peut-être que j’aimerais rajeunir… Pourtant, tout ce qui va à l’encontre du rythme biologique me fait peur. J’ai l’impression que le retour à la réalité sera pire.

Récemment, j’ai vu la mère de mon homme. 88 ans. Elle était magnifique, toute ridée. Elle a commencé à faire de la méditation shamanique. Tu fais un voyage initiatique en toi, après un rituel avec de la sauge qu’on fume, et des percussions tout au long de ton voyage. Alors tous les vendredi elle nous raconte son voyage… et les enfants écoutent.

Ils sont ados, mais ils adorent !

Photographies : Bénédicte Gabriel, 2013
1 commentaires sur cet articleCommentez
  1. Quel magnifique portrait de Valérie qui croque merveilleusement dans la vie avec un sourire enjôleur et vrai. J’adore. Merci!

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