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Une association pour ceux qui souhaitent des réponses intergénérationnelles à des problématiques sociales diverses : gestion de projet, méthodologie, conférences, animations, conseil.

Portrait de Jean Damster, ‘parler la langue de l’autre’

Se balader avec Jean Damster dans Louvain-la-Neuve, c’est le voir saluer des habitants en chemin, passer devant l’association Un toit, un cœur, l’entendre vous expliquer l’origine de cette maison de jour pour sans-abris. C’est apprendre l’existence du Blackfriars, un pub irlandais tenu par des dominicains et dans lequel des tables de conversations se tiennent autour d’une bière. Se balader avec Jean, c’est enfin découvrir l’oratoire Fra Angelico, tout petit, concave et fait de bois.

A Louvain-la-Neuve, tout le monde est à pied. Dès que tu rencontres une personne pour la deuxième fois, naturellement, tu fais un brin de chemin avec elle…

Pour Jean, la pré-pension n’a pas signifié ‘vacances permanentes’. L’idée première était de créer une petite entreprise après un travail d’analyse financière dans une entreprise internationale. Pourtant, l’arrivée d’internet amplifiait la concurrence ; aussi, l’envie d’être utile s’est plutôt orientée vers le milieu associatif.

J’étais attiré par la question du logement, mais aussi marqué par l’importance de transmettre ce qui pourrait disparaître.

L’un des amis de Jean, Pierre Huvelle, a initié le Petit béguinage avec sa femme Suzette. Le Petit béguinage est un habitat groupé à Louvain-la-Neuve. Les deux amis aident Habitat et Participation dans l’organisation d’un colloque en 2007, à Louvain-la-Neuve. Le sujet ? Un habitat de qualité pour personnes vieillissantes… Jean rencontre Atoutage. En 2005, il deviendra l’un des administrateurs de l’association, puis l’une des clés de voûte du premier Festival du Film Intergénérationnel

Jean est aussi volontaire pour la promotion… du Volontariat ! Ici, c’est son ancien chef scout, responsable de l’association, qui a joué le rôle d’intermédiaire. Depuis, d’une certaine manière, Jean est devenu chef de son ancien chef (aujourd’hui fidèle équipier, mais plus en retrait) !

On conçoit souvent le volontariat comme un acte offert par des personnes âgées qui ont trop de temps. C’est trop facile. Le volontariat peut concerner tout le monde. A son échelle, à côté des moments de loisir, de culture ou de sport, chacun peut donner un petit morceau de son temps pour se rendre utile.

Enfant, à qui ressembliez-vous ?

Tout petit, j’avais une tête ronde ! On m’a toujours dit que je ressemblais à mon parrain, qui est aussi mon grand-père. Peut-être à cause de notre tête un peu particulière, je ne sais pas, peut-être que notre implantation des yeux est particulière...

Je suis l’aîné d’une famille de 10 enfants. Il y a 18 ans d’écart entre moi et le cadet. Etre aîné, c’est souvent devenir précocement adulte : l’insouciance de pouvoir jouer est relativisée par la nécessité de donner un coup de main pour élever les plus jeunes.

Encore maintenant, si c’est mon tour d’organiser une randonnée pour 20 personnes, je préfère tester la randonnée d’abord seul, plutôt que me perdre ensuite avec le groupe. Le revers de ce souci, c’est un manque de disponibilité. Quand tu diriges le groupe, tu as parfois tendance à abréger la discussion avec le marcheur à tes côtés, par exemple.

Ndlr : Ici, Jean tombe sur un liquidambar, arbre drôlement nommé dont il nous montre les branches ‘presques plates’. Elles portent une espèce de liège et en automne, son feuillage vire au rouge et au jaune : ‘comme il faut le tailler, tu découpes une petite branche et si tu as des invités, tu la déposes sur la table en guise de décoration !’

Aujourd’hui, qu’est-ce qui nous étonnerait le plus, dans l’environnement de votre enfance ?

A 6 ans, j’ai attrapé la scarlatine. Aujourd’hui, c’est une maladie bénigne mais à l’époque, c’était une maladie dont on mourait parfois. On m’a isolé pendant 6 semaines au lit ; l’école et la maison ont dû être désinfectées ; ma mère m’apportait les repas avec un masque sur la bouche.

Sinon, par la fenêtre, je pouvais voir le laitier passer sur son cheval. Comme le lait était cru, il fallait le bouillir tout de suite. On se faisait pincer les doigts en donnant une carotte au cheval. L’argent était laissé devant la porte. Aujourd’hui, ce serait impensable. Un jour, ma mère nous avait donné la casserole à remplir par le laitier et il y a trempé sa tartine. Ma mère s’est offusquée : ‘Terminé, maintenant, on prend du lait en bouteille !’… Le brasseur aussi se déplaçait à cheval, et le rémouleur avait un âne. Je revois une petite personne âgée avec sa ramassette pour ramasser le crottin laissé par les bêtes… mais les champignonnières profitaient bien du crottin ! Aujourd’hui, la gendarmerie a cheval est d’ailleurs l’un de leurs meilleurs fournisseurs…

Aujourd’hui, nous voyons ‘à chaud’ les belles et vilaines choses qui se passent de l’autre côté de la terre. En 1950 nos parents l’apprenaient 15 jours plus tard, ‘à froid’…

Quand avez-vous grandi ?

Dès qu’on partait en vacances, notre famille était si grande qu’on se retrouvait avec 13 ou 14 valises ! Ce type d’organisation relevait aussi de ma tâche d’aîné. Ensuite, à 12 ans je n’ai pas eu le choix : j’ai étudié le latin. Nous portions un uniforme avec un short, été comme hiver. Mais comme j’étais le plus grand, avec 2 ou 3 autres élèves, l’école nous a donné une dérogation pour porter le pantalon.

« Jeunesse », en quelques mots ?

Sincérité, naïveté, étonnement…

Parmi les objets qu’on vous a transmis, lequel vous importe le plus ?

Le premier objet est très personnel : la lignée du côté de mon père comportait des marins. Même si à la fin du 19e siècle, ma famille a quitté cette folie du long cours. Mon arrière grand-père, capitaine, allait par exemple en Chine. Il me reste à la maison une réplique de son bateau à voile. Les haubans, les mats, une petite poulie pour actionner l’ancre, ces détails sont encore en place…

Le 9 décembre 1892, mon arrière grand-père a sauvé un équipage en perdition. On lui a offert une paire de jumelles dans un très bel étui en cuir et une plaque commémorative. Quand les allemands ont fouillé la maison de mes grands-parents, lors de la 2e guerre mondiale, ils ont confisqué la paire de jumelles : la maison était située au bord d’un champ d’aviation, c’était un objet interdit. Heureusement, mon grand-père a négocié pour conserver la plaque commémorative. La voilà, 120 ans après.

Le deuxième objet que l’on m’a transmis, c’est un livre : ‘Un petit fils de Robinson’. Voilà le début : ‘Un soir de mars 1852…’, et ici se trouve une dédicace faite à mon arrière grand-père par son parrain Joseph, un Verviétois.

Le bouquin a souffert mais les gravures sont extraordinaires et en un sens, je pense que mon arrière grand-père a pu s’identifier au héros du livre. Un héros envoyé à l’étranger par sa famille pour servir son pays. L’histoire finit comme une utopie :

(…) l’île de Saphir, qui est une des plus florissantes de l’Occident, est en voie de devenir un excellent point de relâche. Dix ou douze familles françaises, noyau d’une société nouvelle, y vivent sous la direction intelligente et douce de Fernand, qui a conservé le surnom de Petit-Fils de Robinson.

Parmi les objets que vous possédez, lequel aimeriez-vous transmettre ?

Mon porte-plume. J’ai besoin de sentir l’encre, même si l’odeur de l’encre est moins forte, aujourd’hui. L’odorat ramène des souvenirs. L’odeur de la soupe à l’oseille ramène tout de suite la salle à manger de mon enfance, par exemple. C’étaient toujours de grandes tablées. Quand mes copains venaient pour un prétendu souci en math, c’était surtout parce qu’ils aimaient bien l’une de mes soeurs ! Alors maman faisait ajouter un ou deux couverts de plus… Ce souci de la convivialité m’est resté. Je suis anversois d’origine mais nous habitions une maison à Wezembeek. Après 4 enfants, la maison est devenue trop petite, alors nous avons construit à Louvain-la-Neuve, il y a 22 ans.

On reproche souvent aux américains la jeunesse de leur culture. Pour moi, les peuples du monde sont une source de savoir extraordinaire, et cette naïveté de l’Amérique du Nord, ce refus d’être blasé, ce sentiment que tout est possible, que tout peut être réalisé, est un sentiment inspirant.

J’aimerais aussi transmettre le plaisir du sport, le plaisir de la musique. Mes parents m’emmenaient au concert. Tiens, regarde : l’inventeur de la cassette audio était mon ancien employeur, BASF. Ils ont produit ce coffret en 1984 pour transmettre sur un support cassette le fameux concert dirigé par Thomas Beecham en 1936, le tout premier concert enregistré sur des bandes magnétiques. Un support en remplace un autre, mais le rôle de la technologie reste de transmettre la culture…

Jeune, on m’emmenait aux conférences ‘Explorateurs du monde’. Gaston Rebuffat m’a fait aimer la montagne. Marcel Sy-Schwartz m’a fait rêver de plongée. Cela rejoint le plaisir des langues : on dit que pour rencontrer un étranger, rien de tel qu’aller au marché… mais vouloir communiquer à l’espagnol du terroir en anglais, ça n’a pas beaucoup de sens : il faut faire l’effort de parler la ‘langue de l’autre’.

Mon piolet et ma vieille corde d’escalade en chanvre sont déjà transmises à mon beau-frère. J’ai beaucoup arpenté les Dolomites et avec des amis, quelques glaciers dont le Bishorn en Suisse — on l’appelle le ‘4000 mètres des dames’, qui culmine à 4152 mètres. Je suis plus adapté à la montagne qu’au bateau : après un jour, je me sens à l’étroit dans ces petites cabines ; la promiscuité me dérange.

En montagne, il faut tenir compte de l’autre, y compris de la personne qu’on appelle parfois ‘le maillon faible’ : la cordée doit être harmonieuse entre les grimpeurs, juste assez lâche pour ne pas tremper dans la neige. Et tu as naturellement tendance à moins parler, puisque tu dois contrôler ta respiration.

Cet effort et ce plaisir, j’espère l’avoir transmis à mes enfants.

Même si c’est une chose limitée, que pourriez-vous enseigner ?

Un professeur de mathématiques m’a marqué. D’autres professeurs m’avaient fait décroché de la matière alors que ce professeur a réussi à parler mon langage de jeune homme : il m’a fait comprendre que les mathématiques étaient un jeu.

Je me souviens de cette leçon : si tu expliques une chose, fais-le avec les mots de ton interlocuteur.

Quelle est la dernière chose que vous avez apprise ?

J’apprends presque tous les jours un nouveau mot. En Allemagne, par exemple, on ne se tutoie pas facilement. D’où ma difficulté à dire ‘tu’ en allemand. Jusqu’au jour où, alors que j’allais quitter mon entreprise, on m’a invité à dîner. Les allemands voulaient me voir une dernière fois. J’ai insisté pour qu’un collègue soit présent.

On l’appelait ‘le premier homme au foyer’ : chaque fois qu’un de ses enfants naissait, il prenait 2 à 3 ans de congé ! Ce collègue me salue : ‘Du altes Haus !’ ; ça veut dire ‘toi, vieille branche’ ; l’expression n’a pas d’équivalent en Français.

Les mots allemands l’expriment de manière très sincère, très profonde. Je n’avais jamais entendu cette expression qui m’a touché.On vous offre une affiche géante. Quelle phrase écrivez-vous ?

‘Le soleil est dans tes yeux !’

Pas besoin de parler : si on regarde une personne dans les yeux, on peut voir sa réponse.

Quel élément du présent vous paraît archaïque ?

‘Il m’a regardé’, maintenant, c’est devenu un motif pour en venir à la violence ! Dans une relation, la suspicion est souvent prématurée : pour un bruit chez le voisin, on appelle la police. Un jeune garçon jouait de la batterie en face de chez moi. Je suis allé lui parler. Il était étonné que je ne sois pas directement allé parler à son père ! Ca me rappelle un voyage aux Etats-Unis : un propriétaire terrien possédait un territoire si grand qu’il ne s’occupait plus que de la fusion et de l’agrandissement de ses parcelles. A un moment il me dit : ‘Le seul problème c’est que quoique j’achète, j’ai toujours un voisin’. Mais oui, évidemment qu’on a toujours un voisin !

Quel élément du présent vous paraît futuriste ?

A la fin de mon adolescence, on a fait un voyage à Paris. On logeait dans une ‘péda’, la maison diocésienne des étudiants, un centre tenu par des curés. 2 jeunes étudiaient là toute l’année et n’étaient pas rentrés chez eux, à Marseille, parce que le voyage était trop cher. Tandis qu’aujourd’hui, des étudiants des quatre coins de l’Europe se retrouvent en Belgique, grâce aux échanges à l’étranger.

Avant, dans beaucoup de familles, on épousait une fille du village. Aujourd’hui, si on est jeune, le monde est à nous. Je crois et j’espère que ces structures qui encouragent aux échanges internationaux vont se développer. En Belgique elles restent en contradiction avec la concentration des habitants : on tombe partout sur des flamands ou des étrangers et pourtant, on cherche encore à poser des frontières qui ne tiennent pas !

Voilà un autre objet qu’on m’a offert. Un presse-papier en cristal du Val Saint-Lambert. Il tout simple mais si tu l’observes, aucune frontière linguistique ne sépare la forme de la Belgique.

Qu’est-ce qui vous étonne le plus, dans le changement de votre corps ?

La mémoire en prend un coup. Souvent la mémoire immédiate. Alors tu trouves des subterfuges : un petit papier pour noter un numéro de téléphone, par exemple. Par contre, au niveau spatial, une fois que j’ai réalisé un trajet, je me perds rarement. Pareil pour la reconnaissance d’un visage.

« Vieillesse », en quelques mots ?

Je ne poserais peut-être pas le mot ‘urgence’, mais on prend conscience qu’une série de choses se perdent : il y a 2 mois, un de mes amis en pleine forme a subitement disparu. D’où l’importance d’organiser sa vieillesse, par exemple avec ses voisins : ‘Est-ce qu’on ne pourrait pas se regrouper, si nous sommes une vingtaine à avoir besoin d’un déplacement, ou d’une infirmière ?’ Il ne faut pas attendre trop longtemps ! J’ai visité un habitat groupé, en Allemagne, dont le nom était ‘Bis sechzig Jahre’ (Jusqu’à 70 ans). Ce nom est terriblement cruel, mais il est là pour dire qu’il ne faut pas uniquement s’associer pour recevoir ; il faut aussi pouvoir donner. ‘La solidarité, c’est bon pour la santé !’, comme disait une publicité pour une mutualité. Parce que la solidarité, ce n’est pas uniquement bon pour la santé individuelle ; c’est aussi bon pour l’économie, la santé d’une société.

Avec un peu d’aménagement, dans une maison individuelle ou ailleurs, on peut permettre aux personnes d’être capables de donner, plutôt que les mettre dans un mouroir. Des cadeaux, des ‘dons de volontariat’ ont un impact incroyable sur le besoin de solidarité. Il faut avoir conscience de l’équilibre entre ce qu’on peut faire et ce qu’on peut recevoir.

D’où l’importance d’installer, à côté de nombreux de nombreux CPAS, des maisons de cohésion sociale dans lesquelles des couches d’âges et de cultures diverses peuvent s’impliquer socialement.

Si vous le pouviez, rajeunisseriez-vous ?

Je répondrais par une boutade : il y a 2 ans, Atoutage réalisait le livre ‘Comment développer une action intergénérationnelle ?‘ et les deux permanentes de l’association étaient très prises. Nous avions commencé à organiser un concert puis soudain, le conseil d’administration est reparti sur une page blanche : l’envie de créer un Festival du Film Intergénérationnel ! Là, je me suis dit : d’accord, mais pour être cohérents, il faut qu’on s’entoure de professionnels, d’experts du cinéma. Un professeur de l’IAD, une amie créatrice du Cinéfemme à Bruxelles, une productrice créatrice du Festival du Film de Bruxelles et du Festival du Film de Namur nous ont rejoints. Or pour réunir ces troupes, le premier déclic s’est fait avec le Cinéforum, des jeunes qui ont voulu participer au projet tout en découvrant, grâce à nous, des connexions et une expérience liés au cinéma des 30 dernières années. Aujourd’hui, nous avons transmis l’expérience de ce premier FFI, tout en laissant une liberté aux poursuivants pour tirer des enseignements et renouveler les troupes…

Chaque époque a ses attraits. L’image que je prendrais, ce sont les cairns : des amas de pierres accumulées par la main de l’Homme, à différentes époques. Ils marquent le chemin lorsqu’il y a du brouillard ou qu’il n’y a plus de panneau indicateur. Ces monticules m’évoquent toutes ces personnes qui, dans ton existence, indiquent grâce à leur expérience ‘une’ route à suivre, que tu a ensuite le choix de déborder un peu plus à droite ou un peu plus à gauche, en toute sécurité.

Photographies : Bénédicte Gabriel, 2012
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